Opposition au projet de plateforme logistique JJA Flixecourt

Lettre ouverte à Messieurs les Maires et conseillers municipaux des communes impactées par le projet

Objet : Délibération du 14 octobre 2020 par laquelle le conseil communautaire de la COMMUNAUTÉ DE COMMUNES PONTHIEU-MARQUENTERRE a déclaré d’intérêt général le projet d’extension du centre logistique exploité par la société JJA sur le territoire des communes de L’Etoile et de Mouflers et mis le plan local d’urbanisme de Mouflers en compatibilité avec ce projet.

Monsieur le Maire, Messieurs les Conseillers municipaux,

Nous représentons un collectif de plus de 1000 riverains habitants des villages des communes voisines de Mouflers engagés à des degrés divers contre le projet que poursuit la société JJA d’implanter la plus grande plateforme logistique d’Europe sur le territoire des communes de Mouflers et de L’Etoile (Somme ): la capacité totale de stockage de l’installation projetée est de 560 000 palettes de marchandises ; un tel volume de stockage est généralement contenu dans un bâtiment conventionnel d’une superficie de 600 000 m2 alors que le centre aura une superficie d’environ 200 000 m2 construit carrés sur un terrain d’une superficie de 48,6 hectares ( voir annexe 1).
Notre collectif, constitué au premier trimestre 2020 (ref 1) s’est manifesté lors des réunions publiques qui ont eu lieu en 2020. Plus récemment lors de l’enquête publique en mairie de Mouflers du 17 août au 17 septembre 2020 concernant la mise en compatibilité du PLU de Mouflers avec le projet d’extension JJA; puis aussi lors de la seconde enquête publique qui a eu lieu du 3 novembre au 4 décembre 2020 concernant le dossier de demande d’autorisation environnementale portant sur l’extension de la plate forme JJA.

Cet entrepôt géant a pour vocation d’accueillir en transit, de stocker, trier des marchandises fabriquées en Chine de manière à supprimer toute concurrence de produits fabriqués en France ou d’autres pays d’Europe où les coûts de fabrication sont plus élevés. Ces marchandises seront ensuite acheminées par voie routière (poids lourds et fourgons) vers des centres de stockage secondaires puis redistribués aux consommateurs via des sous-traitants du Nord de l’Europe.

Dans la mesure où ce projet d’extension aura des conséquences très importantes sur l’avenir et la vie de très nombreux habitants (aggravation du chômage dans notre région, précarisation de l’emploi, augmentation considérable du trafic routier, notamment des poids lourds au travers des villages,…) dans les communes situées dans le voisinage immédiat ( Mouflers, Bouchon, l’Etoile, Flixecourt, Vauchelles les Domart, Ville le Marclet, Villers sous Ailly, etc…) mais aussi dans un rayon beaucoup plus éloigné, nous vous remercions de bien vouloir prendre le temps de lire les éléments ci-dessous.

Les petites communes acceptent en général l’implantation d’un entrepôt logistique parce qu’elles croient obtenir des rentrées fiscales (via les impôts locaux) et des créations d’emplois directes pour la commune.
En premier lieu, contrairement à une zone commerciale, qui passe obligatoirement en Chambre départementale d’aménagement commercial, ce qui permet aux autres communes de s’opposer au projet éventuellement, nous attirons votre attention sur le fait qu’il n’y a aucune évaluation de l’impact sur les emplois locaux par les services de l’Etat et les porteurs du projet. Donc une collectivité a toute latitude d’autoriser un projet qui va détruire 4,5 fois plus d’emplois à terme dans les communes environnantes qu’il n’en créé sur place (voir Annexe 2).
En second lieu, ce projet entraînera une augmentation considérable du trafic routier (Annexe 3) au travers de nos villages, source d’importantes nuisances sonores, mais également d’émissions de pollutions atmosphériques.
En troisième lieu, la délibération du 14 octobre 2020 consiste en réalité à permettre à une société privée – la société JJA – d’exercer son activité professionnelle. Or le projet de cette société aboutirait à une forte imperméabilisation des sols, ainsi qu’à une consommation importante de terres agricoles, dénaturerait, en raison de son lieu d’implantation et de son ampleur (taille et hauteur), les paysages naturels au sein desquels il prendrait place, porterait atteinte à un certain nombre de sites classés aux abords immédiats, ainsi qu’à la faune (perturbation et suppression de corridors écologiques) et serait source d’importantes pollutions atmosphériques et de nuisances sonores. Les retombées financières escomptées, au demeurant certainement largement surestimées, iront aux communautés de communes Ponthieu Marquenterre et Nièvre Somme : voir Journal d’Abbeville (ref 11). La CCPM et la CCNS gèreront ces rentrées fiscales (estimées à plusieurs millions d’euros) en fonction de leurs objectifs propres et ceux du Grand Amiénois, qui sont diamétralement opposés à ceux des petites communes rurales. Dans les réunions intercommunales du Grand Amiénois, la CCPM et la CCNS trouvent plus simple et plus payant de se soumettre aux objectifs d’Amiens Métropole plutôt que de défendre les intérêts des communes rurales. Les ambitions d’Amiens métropole visent à utiliser les ressources des communes rurales au profit des promoteurs pour en tirer des rentrées fiscales ; ces ambitions sont étrangères aux besoins des communes de Mouflers et de l’Etoile. Bien sûr, Mouflers et l’Etoile recevront quelles miettes du gâteau, mais celles-ci seront conditionnées à un asservissement proportionnellement plus grand à la CCPM et la CCNS. Ces subsides ne compenseront pas la destruction en profondeur de ce qui reste de l’économie locale de ces villages, et surtout de leur potentiel qu’elles semblent ignorer : environnement, paysages, patrimoine culturel environnant, terres agricoles particulièrement riches etc… Ces retombées financières ne seront d’aucune utilité pour le développement des communes de Mouflers et de l’Etoile où plus personne ne désirera s’installer. De surcroît, les impacts très négatifs de ce projet vont s’ajouter aux nuisances déjà considérables du méthaniseur géant en cours de construction aux abords même du site de JJA à Mouflers ainsi que des multiples parcs éoliens construits dans le voisinage immédiat (Bettencourt Saint Ouen, Domart en Ponthieu, Saint Ouen, ….). A signaler au passage que les habitants ne tirent aucun profit de ces dernières installations : aucun emploi généré (contrairement aux promesses des promoteurs lors des enquêtes publiques), aucune retombée financière (qui vont à la CCNS et non aux communes). En revanche les habitants financent le fonctionnement de ces installations qui ne leur apportent que des nuisances et qui n’existent que parce qu’elles sont subventionnées par l’argent du contribuable. Il est inquiétant de constater que les responsables de la CCNS et de la CCPM, à l’origine de ces projets aussi calamiteux et ruineux pour la collectivité, persistent aujourd’hui dans leur politique de destruction du potentiel de notre territoire en approuvant sans aucune réserve ce projet digne du capitalisme le plus sauvage, en exigeant aucun engagement écrit de la part de JJA sur le nombre d’emplois directs et stables qu’induirait cet entrepôt entièrement automatisé !
Pour ces trois raisons ce projet de plate-forme logistique géante ne saurait-être qualifié d’intérêt général. Par conséquent, LA DELIBERATION PRECITEE DU CONSEIL COMMUNAUTAIRE QUI L’A AINSI QUALIFIEE ET A MIS EN COMPATIBILITE LE PLAN LOCAL D’URBANISME DE MOUFLERS AVEC CE PROJET EST ILLEGALE, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux formé par les requérants contre cette délibération.

 

S’il est vrai que les petites communes ont perdu avec les lois NOTRe beaucoup de leurs compétences, elles ont encore le pouvoir de soutenir leur économie locale, de favoriser l’installation de petits commerçants en développant des circuits de distribution de proximité, en privilégiant les productions locales, de supprimer les entraves qui nuisent aux véritables acteurs de l’économie locale. Il reste surtout aux élus locaux le pouvoir de défendre le patrimoine de leurs villages, un cadre de vie qui reste encore souvent attractif comparativement à celui des grandes villes (comme en témoigne l’exode croissant des citadins vers les campagnes), de défendre  les emplois et les activités des habitants dépositaires d’un héritage ancestral particulièrement riche dont ils peuvent être fiers : culturel, pratiques artisanales et agricoles, savoir- faire industriel développé tout au long du 19 ème siècle jusqu’au milieu du 20ème siècle. Les élus locaux ont aussi le pouvoir (et le devoir) de mettre un frein à la surproduction et la surconsommation que cherche à imposer les plates-formes logistiques géantes.  

Parmi les membres de notre important collectif, une dizaine de petites entreprises (situées dans le périmètre rapproché de Mouflers) dont l’activité et les emplois sont menacées à court ou moyen terme par ce projet, se sont portées requérantes contre la décision prise par la CCPM le 14 octobre 2020 : artisans ébénistes, entreprise dans le domaine de l’organisation de cérémonies, séminaires d’entreprises (dont la principale ressource provient de la qualité de l’environnement dans le secteur), producteurs locaux , agriculteurs exploitant des parcelles situées aux abords du projet litigieux ou le long de la RD 216 (accès aux champs entravé par le flux des camions et des fourgons en direction de l’Europe du Nord, label bio refusé lorsque les cultures sont longées par une route à grande circulation -pollution des cultures- ) etc. . Ce noyau de riverains se grossit progressivement au fur et à mesure que notre démarche est connue et comprise par les habitants. Par exemple il y a à Bourdon un centre d’accueil pour personnes handicapées qu’importune déjà un accroissement du trafic de camions JJA passant par Bourdon en direction d’Amiens. Aux entrepreneurs ci-dessus se sont joints une trentaine d’habitants dont les maisons sont situées le long des axes de circulation qui seront utilisés de manière intensive par les fourgons et les camions de JJA. Au total ces entreprises et habitants se sont portés requérants dans un recours introduit le 15 avril 2021 contre la décision en date du 14 octobre 2020 par laquelle la CCPM a approuvé la modification du PLU de Mouflers.
Dans le cadre de la demande d’autorisation unique demandée par JJA, votre commune sera très certainement invitée à délibérer à nouveau sur ce projet d’extension.
Nous vous prions de trouver :
 en annexe 1 : historique du projet de plate forme logistique JJA sur les territoires de Mouflers et l’Etoile
 en annexe 2 : une analyse concernant l’emploi réel généré par le projet de plate-forme logistique géante sur le territoire de Mouflers. Le calcul du nombre d’emplois à attendre d’une extension de JJA à Mouflers est fondé sur les chiffres officiels des emplois générés par des entrepôts logistiques comparables à celui envisagé à Mouflers (France Nature : ref 5). Cette analyse aboutit à un nombre d’emplois directs de 61 personnes environs pour l’entrepôt dans sa phase déjà réalisée en 2020, et à un nombre du même ordre pour la phase étendue.
 en annexe 3 : une analyse de la circulation routière induite par ce projet : augmentation de 566 % du trafic de poids lourds par jour à attendre au travers des villages traversés par la RD 216 (actuellement paisible route de campagne).
 en annexe 4: pratique des grands entrepôts logistiques

Vous remerciant très chaleureusement d’avoir bien voulu prendre connaissance de ce dossier et espérant un avis de votre part permettant de préserver l’emploi de très nombreux de vos concitoyens, et restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Maire, Messieurs les Conseillers Municipaux, l’assurance de nos respectueuses salutations.